Alain's profileUn livre qui tangue sur ...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
Un livre qui tangue sur une mer d'encreune mer d'encre... |
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alorsTe l'avais dit
ne sommes rien :
que l'oubli dans la mémoire
six heure cinquante et troisDurant un instant on a crû
la vie en allée papa à trépas
puis le ventre a gonflé la
langue a retourné cette fois
dans la bouche avant de
tu peux partir tranquille
disait ta fille comme un navire
qui tend les voiles songeais-je
tu peux abandonner disait-elle
les rivages de se perdre soi
et de se croire fou pensais-je
un peu plus à chaque geste oublié
Je maintenais ta main je pleurais
pour que tu vogues sur mes larmes
durant un instant elle a eû peur
elle hésitait sache-le
aimer qui aimer quoi après?
j'ai délaissé tes doigts roides
à six heure cinquante et trois.
ÉvidoirTu vois l'aurore
je te le disais
c'est cela qui importe
voir
rien qu'une fois
une ultime aube
Sous tes paupières
la lumière captée
diffuse ses raies
de sang
Mésamour XXIl y a longtemps
quelques mois une année
deux plutôt trois
assurément
que l'oubli s'est glissé
sous la paume de la main
Elle ne reconnaitrait plus
le rouli de ta peau
sur les os
le galbe de ton sein
ni le balbutiement du désir
Elle demeure aux aguets
quoique timide
le geste cloué
ma paume analphabète
s'affole dès qu'elle aperçoit
les hiéroglyphes sur ta peau
alors elle rabat la couverture
ma paume depuis quelques mois
des années
s'est déshabituée de la tendresse
elle craint la nuit et l'amour
L'alphabet de l'amourPorter les mots
jusqu'aux gestes
délier les lèvres et
goûter tes syllabes .Que ton parfum
qui m'embaume
me frappe à coup d'insomnuits
captives de l'étreinte du vide
Il y en a tant tant et tant
je ne puis les combler avec les heures
chaque regard est une nuit perdue
je retourne à ma peau comme à une page vierge
Ces instants si rare d'amour
nous ont fui comme des fugitifs
j'ai perdu le cri et les larmes
à coup tranchant d'aube liquide
toutes ces balâfres ces entailles
ces lettres d'aurore parcheminées
depuis si longtemps répugné?
FemmeDepuis toujours
tu n'es qu'un mot
qui s'efface au bout
de mes doigts
tu ratures mon regard
et je perds tes yeux
et je perds tes lèvres
et je perds ma vie
depuis toujours
tu n'es qu'un mot
la chair est faible dit-on
mais la mienne mourante
ton parfum m'embaume
soupçonnais-tu donc déjà
ma mort quotidienne
de quêteux d'amour d'un denier de tendresse
Je marche parmi vous
de ma parole entaillée suinte
ces désirs inavoués qui
m'auront fait violente la mort
lit conjugalIl est douloureux ce soir
de m'allonger sur les draps de satin
près des glaïeuls dans leur vase nacré
Douloureux de voir ta passion éteinte
d'offrir ma solitude à un taie d'oreiller
dans une étreinte qui t'aurait pâmée
Il m'est...
allongé contre le récif de ton corps
la nuit a des airs d'éternité OctobreIl y a trop
et tout ces morts
qui emportent
tant de moi
quand fermerai-je les paupières
pour les mettre à l'abri
de vos regards inassouvis? solitudiniAlors je marcherai
dans la nuit titubante
vers vos nuits orgasmiques
par l'écueil de vos cris
je m'enliserai
sous vos fenêtres
et les yeux dans les poings
bien serrés
pour en faire jaillir des larmes
frissonnant de désir
je maudirai ces années de dérive
à naviguer si éloigné des îles de ta peau
je ne connais plus ni tes sables mouvants ou tes dunes dorées
ni le sillage de tes plaisirs
la nuit je pisse sur les poteaux Le lacavec tes dunes et ses frissons
je pourrais y dormir tu sais
je pourrais épancher ma tête
et ma tristesse déverserait un lac
dans le creux de ton ventre
et cette fois juste cette fois là
mon chagrin servirait à la joie
de nous retrouver nus et impubères
DuneMême le cri
reste éteint
dans ses paupières
malgré les lettres
parcheminées
dans la chair
inutile
lorsque l'on aura refermé le couvercle
qui donc se sera risqué à lire
la peau translucide des mots? Chirurgie esthétiquecorps dépotoir
à tailler au couteau
sans cri sans larmes
la lame entaille sa souffrance
on l'aura mis au salon
sans parfois approcher un chiffon
afin de le polir
de lui redonner du lustre
corps inutile
distraitement nommé
de rechange de parce qu'il est là
disponible et sans batterie
je suis bon pour la morgue
dans vos regards éteints
devant les subtiles beautés
de mon corps parcheminé
Fermez donc le couvercle
je ressens du froid soudainement
fermez fermez le couvercle
indécent des yeux
Scène de chasseet je ne reviendrai pas
la dessus
je l'avais mentionné
avec le départ des oies
les coups de fusils
les taches d'ambre
dans les feuilles
sanguinolentes
Je ne reviendrai plus
au pourtour de l'hiver
on aura cousu le silence
à mes lèvres blanches
SilencioAinsi le lacérer
l'éventrer
en sortir les entrailles
et jouer de ses vents
Quelle plainte sourd?
Toutes les rumeurs enfouies
cataplasme pour polichinelle
révèlent pourtant quelques vérités
le silence en dit trop
IncomplétudeS'enliser
jusqu'aux genoux
regard écarlate des fous
auquel on a ravi la liberté
Se vautrer dedans
avec ces yeux comme des soleils
qui fuient vers la nuit
se repaître
croit-on
du silence :
Un froissement de feuilles
un ululement
le vent dans le rideau
sa main imperturbable stèle
se grave pourtant des larmes de ses amants Conversation avec Anne Hébert
J'étais parti. Ne dites rien, surtout, Mademoiselle. Quoique j'étais assis tout près de vous, je vous le redis : j'étais parti. Durant une heure, j'ai voyagé. Sans avoir à me déplacer, j'ai foulé le sol de votre pays meurtri. M'écoutez-vous Anne? Je peux parler sans crainte, n'est-ce pas mademoiselle, puisque l'anglais ne comprend pas mes propos. J'étais parti. C'est ainsi. Ne me blâmez pas. Il ne pouvait en être autrement; j'ai lu la jaquette de votre livre, je vous ai rencontrée. Anne, ma soeur Anne, malgré votre corps maigre sur lequel vous jouiez vos gammes, je n'ai rien vu venir ni la beauté de vos os que vous polissiez ni prévu ces doigts fragiles comme des racines qui émergent du sol. Tantôt vous jacassiez tantôt vous me parliez des amours de Clara et de son lieutenant et je me mirais dans vos yeux; je m'étendais dans leur prairie verte et vous m'entreteniez avec vos mots qui voguaient sur un frimas matinal. Je n'ai rien vu mais vraiment rien soupçonné depuis votre retour de Paris, Anne Hébert. Juste là, au troisième étage de la Côte Sainte-Catherine, à l'abri de la montagne, un habit de lumière enveloppait vos paroles. Déjà! Vous entamez votre dernier voyage, Anne, ma soeur Anne. Pourtant, c'est moi qui vous quitte... Mésamour IVnous sommes tous seuls hélas
à naviguer sur nos navires de peine et quoiqu'à l'occasion monte à bord de notre esquif un clandestin ou bien une naufragère je suis seul tu es seule il est seul nous nous rencontrons vous vous aimez ils sont seuls dans leur amour... Complainte de l'aubeJe suis mort
pas de rire
ni à petites doses
encore moins
de petites morts
oh ça non vraiment
c'est comme la messe de minuit
et la confession requise
si l'on souhaite communier
et prendre sa douche
se laver de ses péchés
je suis mort
comme ça
et sûrement pas en santé
cela se fait-il
à moins qu'elle ne soit
accidentelle?
Je suis mort
ais-je eu tort
je n'étais qu'un accident
de parcours
une fissure dans le mur
entre deux râles
le plaisir grinçant du sommier
l'amour à petites doses
non pas à la petite semaine
vraiment l'amour né
pour un petit pain
elle avait de jolies miches
elle les rompait une fois l'an
prenez ceci en mémoire de moi
alors je suis mort
mais pas de ma belle mort
comme au motel
dans une femme du hasard
ou une femme tirelire
qui regarde sa montre
insère un doigt dans l'anus
provoque la petite mort
comme on feuillette le semainier
Je suis mort
juste comme ça
parce qu'il le fallait
il se faisait tard les gens mélangeaient
leurs doigts le crépuscule des yeux
se perdaient en conjoncture
confondaient leur sexe
rendu sourd par l'appel de la vie j'ai fermé les fenêtres les rideaux
chassant les ombres énamourées
dans leur chambre numérotée
j'ai tissé mes oreilles de silence
parce que la mort réunit ceux qui s'aiment
je suis mort d'une mort incertaine Donc parlons poésie si cela vous sied.Les échanges intellectuels n'auront jamais la quote; cela effraie les gens de prendre une pause afin de faire l'effort de porter une réflexion critique sur un texte ou bien de le nourrir en remettant en doute les constats postulés. Certes, les gens s'égarent dans la facilité. C'est que les gens, voyez-vous, les poètes en particulier, en plus de puer des pieds comme le dit Ferré qui leur confère donc un statut humain, sont d'un narcissisme redoutable et tentent, par conséquent, de cueillir, de recueillir les pétals de la paquerette, de recomposer leur amour propre; vous savez bien ce "tu m'aimes, un peu, beaucoup, passionnément trop à la folie".
La poésie parle de tout mais au préalable de l'auteur; de soi donc. En fait, elle résulte de la transcription intime du monde que vit le poète; ce grand névrosé qui appréhende le réel. C'est donc une perception faussée qu'elle nous offre; ce quant-à-soi du langage qui adapte l'univers au poète et l'isole paradoxalement, malgré son espoir de communicabilité, des autres. Pourtant, en créant un discours à sens unique, il parvient étonnemment, parce que ses poèmes sont composés de mots, à rejoindre quelques-uns de ses pairs.
Il est donc nécessaire, afin d'aborder les auteurs aux textes dont le langage est plus élaboré, le style plus recherché, de dériver dans le continent Poésie avec un esprit de conquête de la Poévie : se promener, errer afin de découvrir, se baigner de mots, boire des syllabes, bref, s'approprier les mots des autres, se sensibiliser aux autres univers, les ingérer, digérer ce qui peut nourrir nos interrogations puis déglutir ce qui nous semble d'abord indigeste. Puis nous attabler encore et encore; avec muses dénudées et vins et orgie sonore de phonèmes. Il faut être cannibale, vampiriser ce Verbe des autres et le sculpter dans une forme qui nous est propre.
Vraiment, il n'y a qu'une seule poésie et elle se nomme Poévie, mot que j'emprunte à Guillevic, Eugène, poète de son état né en poévie. Les flotsLe ressac des mots
me rapproche et m'éloigne des poèmes. Et si je ferme
les paupières, c'est la tête qui chavire; sa coque d'os supportée comme bois mort par les vagues un oeillet blanc tend ses pétals comme les bras une ballerine VoyageLe temps est venu
de rompre les amarres
la voile se gonfle
et le corps tangue
sur le roulis des pavés
À chaque pas
le coeur pris d'un ressac
envisage une terre ferme
avec dunes et vallon et source
inépuisable de cris sous les mains escarpées
Une île vraiment o`u aborder
plus d'une fois l'année :
j'y planterai mon corps
asséché et tordu
là o`u même le vent ne dissipe
la morne saison du mésamour
je graverai un peu de quiétude
dans son écorce crépusculaire. MésapotamourLes yeux crevés seul la tête échevelée le miroir git le sol soudain gelé |
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Tel un naufragé sur cette mer de mots, tu t'es échoué. Abandonne donc ta bouteille sur mon récif. Je la briserai afin de lire ton appel... copyright Alain Fortaich
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